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Conférence arborée

Publié le par éric poirier

Dans le cadre de la journée ministérielle consacrée aux jardins, le thème de cette année étant le jardin et l'enfance, le Professeur Cirrus Poivre a fait une conférence itinérante dans les jardins de Payan à Tarascon:

voici le texte.

CONFÉRENCE ARBORÉE

par le professeur Cirrus Poivre


PROLOGUE

Mesdames et messieurs, bienvenue dans ce jardin,
Oh non, que dis-je un jardin... c'est un peu court
On pourrait dire, Diable ! bien des choses enfin
En variant le ton, sans trompette ni tambour

Si j'avais deux sous de pois chiche dans la tête,
j'aurais pu dire, amical, c'est plus grand qu'un pot
pour y planter ces arbres qui poussent et végètent,
agressif, tous ces arbres qui sont bien trop haut
gâtent le paysage, empêchent de voir loin,
mélancolique, faut qu'ils servent de coussin
lors d'un repos mérité à damner les saints
bucolique, et ces odeurs de fruits et de foin
qui nous enchaînent à revenir dans le coin...

Pardon !
J'ai oublié de me présenter. Je suis le Professeur Poivre, Cirrus Poivre, du Centre Opérationnel Historique pour l'Innervation du Territoire, (le COHIT).

Cet après-midi, nous allons aller et venir dans les allées et jardins passés et à venir du Mas de Payan.
Qu'est-ce qu'un payan ?
L'étymologie ici nous sera précieuse.
Le vocable latin de genre masculin « pagani » est le pluriel du singulier paganus. Il relève alors de la deuxième des cinq déclinaisons latines et du premier des six cas à savoir le nominatif. Lequel ne relève pas du quatrième sextant de la huitième quadrature du cercle des connaissances. Non.
Dans ce cas précis, le mot « pagani » qui deviendra « payans » désigne les villageois et, plus généralement, les habitants des campagnes par opposition à ceux des villes.

Les payans sont donc les paysans et néanmoins païens. Même étymologie. Rigolo, n'est-ce pas ? C'est normal. Si on veut bien y réfléchir deux secondes. Pas plus.
Les paysans ne savent pas lire, donc n'apprennent rien qui pourrait leur être utile, par exemple les Écritures et autres textes sacrés et donc restent païens.
Contrairement à ceux des villes ou des abbayes qui eux savent lire et donc croient aux écritures, les étudient et de fait n'ont plus le temps à consacrer à la pousse des végétaux utiles à se nourrir... Nous avons donc là un exemple de répartition des savoirs qui se met en place.

Les payans païens paysans d'ici nourrissaient les croyants moines de là-bas, à Montmajour ou les urbains de Tarascon.
Un échange de services et de talents : des fruits et légumes contre la faim, en échange d'orémus contre la maladie, l'inondation, la peste, le pillage et autres billevesées qui rendent la vie moins monotone et les journaux plus touffus.
Il a été dit que l'échange était un peu déséquilibré, car si les fruits et légumes nourrissent toujours, les oremus ne protègent pas toujours, voire rarement. Mais foin de mauvais esprit.

Dans le temps le mas de payan était assujetti à l'Abbaye de Montmajour le jour et la nuit était libre... de dormir.

Ceci dit cet édifice a aussi servi de couvent, empli de nonnes et nonnettes. Mais cette mutualisation des... talents avec l'abbaye de Montmajour, utile à la reproduction des... du clergé ne nous concerne pas.
Passons.


Nous avons ici un vaste terrain plat, vert... vert et plat... cela ne vous rappelle rien ? Si ! Les amateurs de football ou de rugby commencent à frétiller d'aise... la partie va commencer... Les joueurs sont en place. Mais où est le ballon ?
Ah ! Confusion bien naturelle ! Eh non, le match n'aura pas lieu... Il n'y a pas d'arbitre, bien que nous ayons ici parmi vous des personnes qui pourraient faire arbitres des élégances... n'est-ce pas madame ?
Point de partie, foin de frénésie : les arbres restent immobiles et se gaussent de nos déplacements forcenés qui nous conduisent où, ils vous le demandent ? À gésir au milieu de leurs racines, dans une jolie boîte en chêne avec poignées ou à s'éparpiller en cendre destinée à leur fournir du potassium pour stimuler leur croissance. Il faut bien qu'on soit utile à quelque chose.

Je ne vous convie pas à faire une partie de golf non plus, bien que ici tout soit vert, mais ces nombreux... comment dire... végétaux encombrent passablement le parcours. Donc rangeons les clubs.
Car, je ne sais si tous les parcs sont pareils, il y en a tant de par le monde, mais il est une constante, dans les parcs il y a souvent de la verdure. Des végétaux cela s'appelle. On peut aussi les appeler Chantal ou Edmond mais ils ne répondent pas.
Ce parc est lui aussi exceptionnel car il ne déroge pas à la règle. Il y a des végétaux. Verts. Donc de la verdure.
La verdure a ceci de particulier, que quelle que soit sa taille, elle a tendance à s'élever vers le ciel.
À part le lichen, mais souvent il n'est pas vert. Donc ça compte pas.
Pouf pouf.
Ce tropisme élévateur ascendant a été hypofirmé par l'antique hypothèse aristotélicienne expliquant que les végétaux tentent de s'élever vers leur créateur qui serait au plus haut des cieux, en tendant les branches et leur volonté contrairement à l'humain qui le cherche dans la boue en se mettant à genoux.
Ah ! supériorité de l'arbre sur l'humain.
Oui, car l'arbre fait de l'ombre à n'importe qui sans distinction, contrairement à l'humain qui ne fait de l'ombre qu'à son voisin selon sa tête et autres considérations des plus arbitraires.
L'arbre ne dit pas d'ânerie, ne fait pas la guerre, produit des fruits... Oui pas tous.
D'ailleurs dans ce parc peu d'arbres donnent des fruits.
Mangeables en tout cas.
À part les figues... Nous y reviendrons.

Mais allons à la rencontre de quelques spécimen, pour les mâles, spéciwomen pour les femelles. Nous ne nous étendrons pas tout de suite sur la sexualité des arbres par discrétion, par respect des chastes oreilles, et aussi que s'étendre sur les arbres c'est coton, à part sur des bonsaïs, c'est plus facile de s'étendre en dessous les arbres pour une sieste réparatrice.
Mais l'heure n'est pas à la sieste, mais à l'échange des savoirs.
« Savoir que l'on sait ce que l'on sait et ne pas savoir ce que l'on ne sait pas, voilà le vrai savoir. » C'est de Confucius. Cette phrase n'a d'autre intérêt maintenant, autre que celui de montrer que j'ai retenu par hasard cette aphorisme tiré d'un quelconque recueil de citations. En plus il l'a dit pas comme ça mais en chinois.


POÈMES

Avant de quitter ce lieu, un poème de Raoul Dumurge

Face au roseau de la fable,
le peuplier comme le chêne ne le peut pas.
Il ne peut plier.
Quand le vent se lève,
quand les éléments se déchaînent,
ce peuplier se rompt se rompt
en petits tas par terre
et ron et ron petit patapon.


(L'ARBORETUM)

Nous sommes donc dans un arboretum. Lequel n'est pas très vieux. En effet, il n'est pas préhistorique : ce n'est pas un arboretum des cavernes. Il est beaucoup plus civilisé que cela. La preuve : regardez l'alignement des arbres. La ligne, et c'est un indice, a été inventée beaucoup plus tard. Car les humains ont d'abord inventé la caverne, qui n'est jamais qu'un amoncellement plus ou moins fortuit de cailloux plus ou moins gros.
D'ailleurs l'homo sapiens a inventé la ligne droite de façon et fortuite et fort amusante.
L'homo sapiens devient de plus en plus sapiens et donc de moins en moins sauvage (même si en écoutant la radio, on a du mal à y croire), et donc dans les cavernes cela se fait sentir, il fait de plus en plus froid, s'il n'y a pas de sauvage central. Il invente donc le feu, lequel nécessite du bois, notamment du bois d'arbre. Il coupe donc du bois en morceaux (ce crime est resté impuni). Au début, n'importe comment au petit bonheur la chance. Une taille ici, un essartage là, un élagage un peu plus loin.
Mais la taille, cela fatigue. Beaucoup. Même si la taille à force d'exercices reste svelte.

Il a fallu résoudre le paradoxe suivant :

soit on ne taille pas en faisant la sieste sous les arbres, et le lard de la taille protège du froid… modérément...
soit on taille ce qui échauffe sur le coup, on a la taille fine mais fatiguée, ce qui nécessite la sieste sous les arbres… qui sont coupés.
La solution a été trouvée, lors d'un concile quelconque, ou un parlement idoine :
Il a été décidé d'en laisser, des arbres.
Pour des siestes courtes et régulières. Une coupe, un arbre, une sieste, le soleil tourne, à l'époque, c'était le soleil qui tournait, on se lève pour la coupe suivante, un arbre une sieste…
À la fois on a inventé, le concept du temps qui passe régulièrement, les cadences infernales, et la ligne droite pour avoir l'idée de faire des murs droits. Et la sieste à heures fixes car si l'homo sapiens sapiens, l'homo sapiens ça pionce aussi.
Tout cela pour en arriver là, je sais, ce n'est pas raisonnable. Mais le COHIT se doit de donner les vérités telles qu'elles se présentent.

D'ailleurs pour faire cet arboretum, le nombres de tailles qu'il a fallu faire pour rendre solitaires et visibles tous ces chênes, un travail à la chaîne en quelque sorte.

C'est important : car il n'y a pas de botanique sans chêne.
Je vous éviterai : « là où il y a du chêne... »
Le chêne et son écorce, le tan. Le tan, c'est le nom de l'écorce qui a donc donné car un chêne c'est beau, le beau tan donc botanique. Une autre étymologie à botanique serait la science des arbres généalogiques, arbres qui encombrent passablement les bottins mondains, rien à voir avec le monde botanique.
Le tan se retrouve aussi dans le vocable : tanneur, mais ce n'est pas le sujet du jour.

Donc un arboretum contient des arbres. Au moins deux. Souvent plus que deux.
L'arboretum se distingue du bosquet qui lui aussi contient des arbres, au moins deux et plus, par la qualité de ses lignes. Un bosquet n'est qu'une tribu d'arbres anarchistes qui refusent l'alignement aux normes, et à la règle d'or ; ils se mettent en bouquet pour rappeler le flower power et qu'ils sont tous frères et blabla...
L'arboretum se distingue aussi par le fait que différentes espèces se côtoient, le multiculturalisme arboré. Et par le fait qu'il n'y a pas au pied des arbres de l'arboretum ces infâmes saloperies que sont les orties, les ronces, les fougères, les cèpes, les framboises et les fraises des bois. Regardez ! Aucune ronce ni de mûre, pas de fraise éclaboussant de son jus sucré et collant le bas des pantalons, ni de framboises gambadant gaiement vers leurs pots de confiture, ne parlons pas des cèpes en quête d'une omelette à gâter...
Non ! Nous sommes bien en présence d'un arboretum.

L'arboretum contient des arbres, je l'ai déjà dit mais qu'est-ce qu'un arbre ?
L'arbre...
Ce n'est pas un mammifère, à la limite un conifère...

Conifère ? du latin fero – porter et cone qui signifie deux choses, mais en ce qui nous concerne aujourd'hui cone est ce joli appendice boisé, écailleux dont se régalent les écureuils...
Et un arbre donc n'est pas un mammifère car il ne porte pas de... En tous cas, pas à notre connaissance et c'est dommage. Car le spectacle eut pu être touchant s'il eût existé : imaginez ! La maman arbre donnant la tétée à sa portée d'arbrisseaux, hein ? Ça en jetterait non ?

L'arbre n'est pas un mammifère, car il appartient au règne végétal. Il végète. Comme beaucoup de plantes et autres spécimen téléphages et décérébrés.
En tous les cas, un arbre se reconnaît au premier coup d’œil, ou premier coup de hache. Si il fait toc c'est un arbre végétal, s'il fait ouille, c'est un téléphage végétant.

L'arbre pour ceux qui ne s'entêteraient à pas le reconnaître, l'arbre est cette espèce d'être vivant, je n'ai pas dit de hêtre vivant, car il peut être un charme ou un tremble ou un Quercus trojana, un Celtis australis voire un Tetradium danielii,et autre machinus elevantis...

Avant que de nous déplacer : un poème de Jean-Pierre de Florian de Claris

Les deux paysans et le nuage

Guillot, disait un jour Lucas
D’une voix triste et lamentable,
Ne vois-tu pas venir là-bas
Ce gros nuage noir ? C’est la marque effroyable
Du plus grand des malheurs. Pourquoi ? Répond Guillot.
– pourquoi ? Regarde donc : ou je ne suis qu’un sot,
Ou ce nuage est de la grêle
Qui va tout abîmer, vigne, avoine, froment ;
Toute la récolte nouvelle
Sera détruite en un moment.
Il ne restera rien ; le village en ruine
Dans trois mois aura la famine,
Puis la peste viendra, puis nous périrons tous.

La peste ! Dit Guillot : doucement, calmez-vous,
Je ne vois point cela, compère ;
Et s’il faut vous parler selon mon sentiment,
C’est que je vois tout le contraire :
Car ce nuage assurément
Ne porte point de grêle, il porte la pluie ;
La terre est sèche dès longtemps,
Il va bien arroser nos champs,
Toute notre récolte en doit être embellie.
Nous aurons le double de foin,
Moitié plus de froment, de raisins abondance ;
Nous serons tous dans l’opulence,
Et rien, hors les tonneaux, ne nous fera besoin.
C’est bien voir que cela ! Dit Lucas en colère.
Mais chacun a ses yeux, lui répondit Guillot.
– Oh ! Puisqu’il est ainsi, je ne dirai plus mot,
Attendons la fin de l’affaire :
Rira bien qui rira le dernier. – dieu merci,
Ce n’est pas moi qui pleure ici.
Ils s’échauffaient tous deux ; déjà, dans leur furie,
Ils allaient se gourmer, lorsqu’un souffle de vent
Emporta loin de là le nuage effrayant ;
Ils n’eurent ni grêle ni pluie.


ANATOMIE DE L'ARBRE
vers les figuiers

L'arbre se décompose en plusieurs parties, surtout quant il est mort : on les appelle des planches.
Quand il est vivant, il se décompose aussi en plusieurs parties :
Premièrement, si l'on part du bas vers le haut, les racines.
Les racines sont discrètes, souvent invisibles, mais pourtant les racines sont carrément indispensables.
D'abord elles nourrissent l'arbre en fouillant le sol comme les baguettes fouillent les grains de riz. Notamment en Camargue qui est si proche. Cette Camargue qui a des affinités avec le riz de chine :
D'aucuns disent que les racines des arbres d'ici sont les branches des arbres de là-bas, en bas, aux antipodes...
Vous me direz qu'il y a le grand feu central, au milieu de notre Terre ? eh bien justement ! Le feu il existe parce que le bois du milieu brûle. CQFD.

D'autres disent que les racines sont aussi utiles pour empêcher l'arbre de se déplacer inconsidérément comme certains platanes dépressifs qui se jettent sous les roues des voitures.

Deuxièmement, le tronc.
Le tronc est souvent seul, plus ou moins épais, sans modèle préétabli, il n'y a pas de patron pour ; mais il peut aussi surgir de terre en bouquet, des surgeons de différents troncs plus ou moins fins, plus ou moins nombreux et quand il y en a six, des troncs, c'est un citronnier, par exemple.
Le pochetron n'est pas un arbre en sac. Pas plus que le neutron n'est un tronc avec des nœuds... et que le cyclotron ne fait pas le tour de France… Le fait de faire la sieste sous le tronc d'un arbre n'amène pas celui-ci à être un litron.

Troisièmement, les feuilles.
J'aurai pu mettre en troisièmement les branches, mais il y a le proverbe : « il ne faut pas mettre la branche entre l'arbre et la feuille. » Il existe d'autres variantes à cet adage, mais j'aime assez bien celle-là. Et puis les branches ne sont jamais que des troncs secondaires sortant du principal.
Donc des feuilles, elles sont généralement au nombre aussi impressionnant qu'imprécis. Il y a des feuilles dentelées, des feuilles trilobées, tetralobées, multilobées, ensiforme, acinaciformes, radiciformes, bulleuses, stipuleuses, des feuilles légères, d'autres lourdes, dans ces cas-là elles sont feuilles d'impôts...
sur les bords des chemins, poussent les feuilles de route, elles aussi chères à nos gouvernants.

Nous avons vu que dans les bosquet, les arbres poussent n'importe comment, enfin non, ils poussent vers le haut, normal, mais ils poussent n'importe où, ne se mettent pas en ligne, restent sourds à l’objurgation de l'arboriculteur qui veut les aligner, c'est parce que dans ces cas-là, ils sont durs de la feuille...

Il existe toutefois une quatrième partie : le fruit. Le fruit qui est une fleur qui a mal tourné. Pour ceux qui ne le sauraient pas, la fleur est un organe sexuel. Lequel fait ce que doit et donc... avec l'aide des mères maquerelles que sont les abeilles, ou le vent, la fleur faute et les étamines dans un rut forcené engrossent les pistils... qui grossissent, fructifient... pour le bien-être des gourmands.
Vous allez me dire que le fruit du chêne n'est pas spécialement appétissant, certes mais demandez aux sangliers, hein ?

Et cinquièmement ? Allons allons ! Cinquièmement : les nids ! Eh oui ! Les nids !
Les abeilles avec les essaims… Est-ce qu'un arbre pourvu d'essaims devient un mammifère ?
Les oiseaux avec leurs nids d'amour. Dans le cas des humains qui voudraient en construire, ce nid s'appelle une cabane. Quoique quand on fait une cabane on n'est en général pas en âge de l'amour. La vie est mal faite.
Et voilà tous ces mots que j'ai dits, tous ces maux que vous avez endurés, tous cela pour parler de sexe.
Mais ce n'est pas de ma faute. C'est le ministère !
C'est vrai, le thème d'aujourd'hui est « les arbres et l'enfance », et que je sache, pour faire et des arbres et des enfants il faut une reproduction, plus ou moins contrôlée, plus ou moins inventive, plus ou moins rigolote… Et le COHIT se devait de vous en faire part.
Robert Desnos lui est parti, non des racines, mais de la feuille :


ROBERT DESNOS

IL ÉTAIT UNE FEUILLE

Il était une feuille avec ses lignes
Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de coeur
Il était une branche au bout de la feuille
Ligne fourchue signe de vie
Signe de chance
Signe de coeur
Il était un arbre au bout de la branche
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de coeur
Coeur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l'arbre
Racines vignes de vie.
Vignes de chance
Vignes de coeur
Au bout des racines il était la terre
La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute seule au travers du ciel
La terre.


La Légende du Cornu aux arbres


Une légende court dans ce lieu. Comme vous le savez l'abbaye de Montmajour n'est pas loin.
Qui dit abbaye dit curés et autres moines, le Bien et donc le Mal.
Et le Diable, oui le Cornu, vous savez : celui avec ses cornes et sa queue fourchue, le Diable est passé par là un jour. N'ayez pas peur, de toutes façons il passe partout. Partout où il y a des humains. Donc un jour il est passé là, au Mas. En quête d'une bonne âme à pervertir, à ruiner, bref il venait faire son travail.

Il voit ces grands espaces et une idée lui traverse le cerveau qui lui sert de crâne.

Il propose à Sophie de... nous respecterons son anonymat, il propose de l'enrichir avec ces terres qui ne lui servent à rien, qui ne produisent rien. À part de l'herbe.

Donc il frappe à l'huis, pour les plus jeunes l'huis veut dire la porte, donc il frappe. La maîtresse de maison lui ouvre et malgré le déguisement du Prince des Ténèbres en représentant de commerce le reconnaît. Elle attend.

Bonjour, lui dit-il, je viens vous proposer de cultiver ces terres en jachère. Je vous jure que vous ne le regretterez point, oui il dit point car il est un peu vieux jeu. Vous n'avez rien à craindre, si la récolte est mauvaise, pour cause d'intempérance ou autre causalité climatique, vous ne devrez rien me payer. Mais si la récolte est bonne je ne prendrais que la moitié, je suis raisonnable... c'est-à-dire ce qui pousse au-dessus de la terre, je vous laisse tout ce qu'il y a dessous...

La Propriétaire de ces lieux fait semblant de réfléchir, puis donne son accord.
Le Diable lui donne un papier à signer. Normalement c'est avec du sang mais à cause de différentes épidémies, le Diable se méfie, et ma foi un stylo avec de l'encre rouge fait l'affaire.
Sophie de... plante donc des betteraves, des patates, des navets et mêmes de topinambours histoire d'amuser la galerie. Et la récolte est superbe, Diable ! Le Malin fait bien les choses.
Quand vient le temps des récoltes, le marché est strictement respecté, les tubercules restent à la propriété et le malin se contente des fanes. Il renâcle un peu mais un pacte est un pacte.
L'hiver passe. Et au printemps, le revoilà ! Dans un nouveau déguisement, un témoin de ouijyvah, mais la maîtresse de ces lieux toujours fine mouche le voit venir.

Bonjour, lui dit-il, je viens vous proposer de cultiver ces terres. Je vous jure que vous ne le regretterez guère, oui il dit guère car le Diable aime aussi le mot guère. Vous n'avez rien à craindre, si la récolte est mauvaise, pour cause d'intempéreuse causalitude cataclysmatique, vous ne devez rien me payer. Mais si la récolte est bonne je ne prendrais que la moitié, je suis raisonnable... c'est-à-dire ce qui pousse en-dessous de la terre, je vous laisse tout ce qu'il y a au-dessus...

La Propriétaire de ces lieux fait semblant de réfléchir, puis donne son accord.
Le Diable lui donne un papier à signer. Toujours pas de sang à cause de différentes épidémies, le Diable se méfie toujours, car il les connaît les saloperies qu'il diffuse de par le monde, et ma foi un stylo avec de l'encre violette fait l'affaire. Oui violette car ce jour-là, il se sentait un peu poète.
Donc Sophie de... plante du blé, de l'orge, pour la bière, des haricots, des cucurbitacées...
Quand vient le temps des récoltes, car la récolte est magnifique, Diable ! Le Malibn fait bien les choses, le marché est strictement respecté. Les haricots, les épis, les courgettes restent à la propriété et le malin se contente des racines.

Il n'est pas vraiment content. Il s'en va en grinçant des narines et en soufflant des dents. Ou l'inverse.

L'hiver passe. Et au printemps, le revoilà ! Dans un nouveau déguisement, mais la maîtresse de ces lieux toujours fine mouche le voit venir.
Bonjour...
Et il n'a pas le temps de dire autre chose que déjà Sophie de... ces lieux lui coupe la parole. Lui disant qu'elle n'est plus intéressée à planter quoi que ce soit à part des fleurs... pélargonium, géranium, album et autre capharnaüm...

Le Diable est terriblement désappointé. Il va pour pleurer. Sophie de... a pitié de ce pauvre diable, et en dernier recours, lui propose de planter des arbres. Et de prendre les fruits, enfin... la moitié. Il pourra prendre tous les fruits des arbres de cette part de terrain, elle garde les fruits de l'autre part de l'allée. Le Diable, tout heureux, ne réfléchit pas, il signe avec le crayon que lui tend la châtelaine... Non ce n'est pas un château, que lui tend la... la payaine ce qui fait un peu plaisir au Diable... Il signe et hop ! Il est content. Le contrat, en plus, court sur 50 ans et renouvelable tacitement.
Il disparaît dans un pet de lumière noire et ferrugineuse et voilà !
Depuis dans cette partie de nombreux chênes sont plantés et le diable... se sent un peu gland mais bon,
de l'autre côté, les figuiers... le jardin !
Il paraît que le diable n'a pas reparu depuis. Hein ? C'est mieux comme ça, non ?

Le petit arbre et le Bûcheron
Petit arbre deviendra grand,
Pourvu que le temps lui prête vie.
Mais l'épargner en attendant,
Je tiens pour moi que c'est folie ;
Car de le débiter il n'est pas trop certain.
Un soliveau guère plus haut qu'un gamin
Fut vu par un scieur au bord d'un chemin.
Tout fait planche, dit l'homme en voyant son butin ;
Voilà commencement de chère et de festin :
Coupons-le en un tournemain.
Le pauvre soliveau lui dit en sa manière :
Que ferez-vous de moi ? je ne saurais fournir
Au plus qu'un demi-bûcher ;
Laissez-moi arbre devenir :
Je serai par vous tranché.
Quelque gros artisan m'achètera bien cher,
Au lieu qu'il vous en faut chercher
Peut-être encor cent de ma taille
Pour faire un meuble. Quel meuble ? croyez-moi ; rien qui vaille.
- Rien qui vaille ? Eh bien soit, repartit le scieur ;
buisson, mon bel ami, qui faites le Prêcheur,
Vous irez dans le poêle ; et vous pouvez radoter,
Dès ce soir on vous fera raboter.
Un tien vaut, ce dit-on, mieux que deux tu l'auras :
L'un est sûr, l'autre ne l'est pas.

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